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CHRONIQUE DE L'ETERNITE

 

Introduction

(Extrait 1)

  Le roman de l'Univers est sans aucun doute le plus mystérieux et le plus fascinant qui soit pour l'esprit humain. Roman tout à la fois scientifique, philosophique, religieux, poétique, mais roman inachevé et qui, très probablement, le restera pour l'éternité.

  Qui n'a pas un jour levé la tête vers les étoiles en se posant ces questions : "Est-ce l'oeuvre d'un Dieu ou bien celle du hasard ? Le monde a-t-il un début et une fin dans le temps et dans l'espace ?"

  Inévitablement arrivent alors les questions suivantes : "Sui-je aussi l'oeuvre d'un Dieu ou celle du hasard ? Cet être que je sens vivre en moi, ce Moi, comment est-il arrivé ici bas ? Suis-je sorti du néant pour y retourner ou bien existe-t-il un après, une autre vie après la vie ?"

  Et voilà qu'en observant les étoiles, le fait religieux s'impose à l'esprit et qu'un lien s'établit entre l'espace, le temps, Dieu ou le hasard, l'infini et l'éternité.

  En même temps, on est frappé par l'intelligence des choses : notre Univers est sorti d'on ne sait où pour s'organiser en systèmes ; l'un d'eux a vu naître notre Terre, et à partir d'une incroyable alchimie elle s'est peuplée de végétaux et d'animaux tirés de presque rien pour atteindre un extraordinaire degré de complexité et d'organisation. Tout ceci est effectivement intelligent et ne peut qu'obéir à des lois. Difficile alors de donner bon dos au seul hasard pour lui faire porter le monde.

(Extrait 2)

  En fin de compte, on constate une coïncidence troublante entre les connaissances actuelles et le message secret de l'Evangile, conduisant à une curieuse approche matérialiste de la divinité sans toutefois en prononcer l'exclusion. On obtient au contraire une cohabitation naturelle entre physique et métaphysique sans aucune nuisance pour sa religiosité si on tient à en garder une. Il suffit pour cela de conserver de Dieu l'idée que l'on veut s'en faire puisque après tout, la foi ne se discute pas. Elle ne devrait cependant pas interdire de penser que la vie, la mort, le temps ou l'éternité obéissent à des lois, fussent-elles divines.

(Extrait 3)

  Quoi qu'il en soit et sous quelques forme que ce soit, la quête de l'éternité reste dans la nature du Vivant, même losqu'il s'en défend en affichant de pseudo-convictions matérialistes, simple épiphénomène plus symptomatique d'un état de révolte dans un contexte sociopolitique, donc historique, que d'un sentiment naturel transcendant les générations. Autrement dit, le matérialisme n'est pas inscrit dans la nature humaine. Il est le produit d'une pression extérieure à l'être, temporelle et circonstancielle, tandis que la tendance au sentiment religieux est celui d'une pression intérieure qui, à priori, échappe à la raison.

Première partie - Chapitre I - Physique et métaphysique

(Extrait 1)

  Peut-on se préoccuper de métaphysique en l'isolant de la connaissance des choses de la nature ? Répondre "oui" serait affirmer que Dieu n'a aucun rapport nécessaire avec le Monde... Quel lien pourrait-il alors tisser avec les hommes qui s'y trouvent et comment aurait-il pu les créer en dehors de lui-même, c'est-à-dire dans une abstraction par rapport à son être ?

  Etant le Créateur omniprésent il ne peut être enclavé dans sa création pas plus qu'il ne peut s'en trouver exclu. La nature est donc en Dieu comme il est en elle.

  De ce fait, elle ne peut être essentiellement différente de Lui-même. Donc la nature et Dieu sont en essence comme en substance une seule et même chose.

  Cette première conclusion conduit à l'idée d'unité sans pour autant donner la moindre indication sur ce qu'elle pourrait être.

  N'y aurait-il pas là de quoi créer la confusion entre le noumène du philosophe et le phénomène du scientifique ?

  Pour affirmer ensuite que "la matière est une" il n'y a qu'un pas, d'abord franchi par les philosophes de l'antiquité, puis par les scientifiques qui en ont fait un postulat, transformé en dogme depuis le fin du XIXème siècle.

  On peut en effet parler de dogme puisqu'en ce début de XXIème siècle aucune preuve n'en a encore été rapportée, bien au contraire : plus les moyens d'expérimentations raccourcicent les distances en allant voir au coeur même de l'atome, plus des éléments nouveaux apparaissent, les énergies s'élèvent et les interactions se compliquent, renvoyant nos chasseurs de "matéria prima" à revoir leurs copies.

(Extrait 2)

  On peut justement déduire de ce qui vient d'être dit que la force d'attraction ou de répulsion, responsable des équilibres de charges et de masses (ce qui revient au même) est la cause unique de la variété des corps constituant la nature que ce soit au niveau moléculaire, atomique ou infra atomique.

  Toujours selon le même principe, la différenciation élémentaire semble être la condition première de toute réalisation du monde manifesté, celui de la matière, nécessairement conçu dans un schéma dynamique.

  La matière ne peut donc pas être "une", c'est-à-dire unique, indifférenciée, car la seule interaction possible entre particules identiques entre elles serait la répulsion et aucun corps complexe, pas même un atome, ne pourrait se constituer. Une masse unique de matière ne réglerait pas davantage le problème puisqu'elle serait parfaitement neutre pour être unique, donc inerte. Dans un cas comme dans l'autre, personne ne serait là pour l'observer. Et pour cause !

(Extrait 3)

  Cette matière se disperse par un rayonnement qui s'affaiblit jusqu'à l'immobilité... et ainsi de suite, le cycle se poursuit. Sans vouloir l'impliquer le moins du monde dans de telles idées, voici tout de même ce que Michel Cassé, astrophysicien au CEA, écrit à propos du vide :

  "Les "anges" microscopiques du vide ne laissent pas la matière indifférente. Les légions de particules virtuelles convoquées par le vide mettent en relation les particules réelles et durables de la matière. Ce vide émerveillant n'est pas seulement à l'origine des forces mais aussi de leur différenciation, tant en portée qu'en intensité. (...) Les processus physiques virtuels, manigancés par le vide, ont une influence observable sur certains phénomènes physiques, comme par exemple l'émission de lumière par les atomes. Ces effets, certes légers, sont attestés expérimentalement et la théorie en rend compte avec une précision inégalée. (...) On ne peut dire que l'énergie du vide est nulle en permanence. Malgré son apparente absence, impavide, le vide se laisse deviner par ses fluctuations aléatoires, comme l'air par le vent (...). La matière est une conséquence nécessaire des lois de la destruction du vide. Elle en émane essentiellement et profusément" (1)

  Si, comme le souligne Michel Cassé, "on ne peut pas dire que l'énergie du vide est nulle en permanence", c'est peut-être parce qu'en atteignant sa fréquence minimale, à cheval sur la frontière du virtuel et du matériel, sur le seuil de l'une de ces portes dont je viens de parler, l'onde venue de notre monde parvient à la faire se manifester en troublant sa quiétude. Alors, "les anges du vide" chutent dans la matièire. Mais avant de chuter, ils étaient présents dans la virtualité d'une énergie sans limite puisque appartenant à l'infini. C'est ce que la théorie quantique appelle l'énergie de point zéro. Curieusement, la plupart des scientifiques, considérant qu'elle est nulle, préfèrent l'ignorer en dépit des particules qui partout apparaissent et disparaissent. Pourtant le vide exerce bien une force découverte en 1948 par le théoricien hollandais Hendrick Casimir. Aussi fantomatique soit-elle, son existence fut confirmée par les observations du physicien américain Steve Lamoreaux en 1996. En conclusion, on peut énoncer que le pondérable mortel ne serait séparé de l'éternel impondérable que par une question de fréquence.

_______

( 1) Cassé Michel. Du vide et de la création. Paris : Odile Jacob,1993

Chapitre II - Univers : Alpha et Omega

(Extrait 1)

  La théorie d'un univers limité et éternel selon les conceptions anciennes n'est certes plus soutenable, d'autant que l'éternité n'a jamais pu se satisfaire d'une limite. Mais par ses nombreuses insuffisances, celle du big-bang est encore loin d'être satisfaisante. En effet, comment admettre pour instant zéro celui de l'explosion d'une masse initiale unique alors qu'on ne sait pas d'où elle serait venue ni ce qu'il pouvait y avoir avant qu'elle ne soit. Question bête ! Certains scientifiques, ceux qui ont réponse à tout ou presque, nous expliquent : la masse de matière est sortie d'un simple point sans dimension venu de nulle part et tout autour il n'y avait rien. Vous aves bien compris, j'ai dit RIEN ! Pas d'espace, pas de temps, aucun vide, pas même un gardien de la paix pour surveiller la voie de la future explosion puisqu'il n'y avait pas de voie. Rien c'est rien. Et avant le point sans dimension, à sa place, on avait quoi ? On a dit RIEN ! Ne soyez pas têtus !

(Extrait 2)

  Je préfère opter pour un univers local avec un début et une fin, inscrit dans un mécanisme beaucoup plus vaste, sans commencement et sans fin. Mais alors pour le comprendre, il est nécessaire de ne plus le considérer comme unique dans l'infini.

  Comment est-il possible pour certains de tergiverser autour d'une évidence, celle d'un Univers infini, donc éternel ?

  Mais si l'Univers est infini, comme il ne peut être infini de rien, il faut admettre l'infinité de ses objets (...)

  La Création est donc faite d'un vide éternel à travers lequel se manifeste un phénomène ondulatoire instable variant de l'efficience au potentiel et inversement, les deux états étant réversibles l'un dans l'autre pour former une chose unique.

(Extrait 3)

  Je pense que tout homme raisonnable et qui ne serait pas un "bâtard sphérique" comme un certain Fritz Zwicky, astrophysicien génial injustement méconnu, aimait appeler nombre de ses confrères, devrait admettre que la théorie d'un Univers historique, c'est-à-dire avec un début et une fin, et représentant tout ce qui existe ne tient pas la route, quelles que soient les prouesses de nos magiciens des mathématiques.

(Extrait 4)

Cette idée d'une infinité de mondes dans un espace illimité n'est pas neuve, même si elle n'a jamais été très appréciée. Le philosophe italien Giordano Bruno (1548-1600) pour ne citer que lui, en était déjà persuadé ; ce qui lui valut d'être brûlé vif par l'Inquisition. Rien que ça !

Chapitre III - La loi et le hasard

(Extrait 1)

  Contrairement à d'autres je ne crois pas que le hasard soit l'auteur de tout ce qui existe ni dans le ciel, ni sur la Terre où les thèses darwiniennes, prédominantes dans la pensée scientifique, résument le monde à une série de simples accidents.

  N'est-ce pas une façon de nier l'intelligence de la nature car l'intelligence est attribuée aux êtres pensants, et si la nature pense, alors c'est cet indésirable Dieu que l'homme de science retrouve sur son chemin...

  Le refus de cette rencontre se détecte même chez les auteurs les plus ouverts comme Hubert Reeves pour qui j'ai par ailleurs la plus haute considération.

  Dans son ouvrage "Poussières d'étoiles"  j'ai cependant relevé à plusieurs reprises certaines contradictions qu'on ne peut expliquer autrement. Je n'en citerai qu'un exemple : page 207, rappelant l'expérience de MM Urey et Miller, on peut lire :

  "Voici, au départ, des molécules simples d'eau, de méthane et d'ammoniac. Et voici les décharges électriques. Les électrons, comme les rayons cosmiques, frappent au hasard. Dans le "tas", comme on dit. Dissociations et associations de fragments se poursuivent sans ordre, d'une façon erratique. Pourtant, le résultat sera toujours à peu près le même. Parmi des myriades de petites espèces chimiques, on trouvera quelques molécules de dimensions importantes. Des sucres, des graisses, des acides aminés, avec leurs propriétés spécifiques, molécules qui joueront ensuite un rôle crucial dans l'évolution biologique. Grâce au hasard, le liquide a gagné de la fertilité".

  Je regrette d'avoir à vous faire remarquer, Monsieur Reeves, que si on obtient toujours le même type de résultat, ce n'est plus du hasard !

  Le hasard, fruit de la probabilité, ne s'accommode pas d'une certitude...

(Extrait 2)

  Il a bien fallu que des particules venues de l'infini se rencontrent pour s'attirer ou se repousser. Mais comme l'infini est plein d'une infinité de ces particules en tous genres, la probabilité pour que des corps de plus en plus complexes se constitue et plus que voisine de la certitude.

  En pratique, c'est une autre histoire car la prévision nécessiterait le traitement d'une masse gigantesque de données, dont certaines inaccessibles.

  Déja au siècle dernier Laplace évoquait cette distance entre théorie et pratique.

  Rien d'étonnant donc à ce que l'on trouve des composants et des mécanismes biologiques communs dans des espèces différentes.

  Naturellement, cette façon de voir est une pierre lancée par un ignorant dans le jardin des savants qui recherchent l'origine de la vie et pour lesquels le dernier ancêtre commun à toutes les cellules actuelles (Car tous sont plus ou moins darwiniens) s'appelle Luca (sans "s"). Inutile de regarder votre neveu.

  Leur Luca (Last Universal Common Ancestor) serait une cellule à ARN antérieure aux bactéries dont nous serions les descendants.

  Les singes c'est pour beaucoup plus tard.

  Je n'ai rien contre Luca, mais il faut bien admettre que ce garnement, qui n'est même pas encore une bactérie, conduit à des théories dont les seules certitudes brillent par leur très grande incertitude (Voir " Les dossiers de la Recherche" n° 19 de mai-juin 2005).

  Personnellement, je ne vois pas la nécessité absolue de se pourrir la vie en voulant de toute force nous trouver une cellule originelle qui serait commune à toutes les bestioles de la création et même aux plantes vertes. Je pense que dans la soupe primitive il devait y avoir des milliards de Luca formés indépendamment les uns des autres avec des différences de plus en plus marquées au fil de leurs évolutions.

Chapitre IV - La Genèse

(Extrait 1)

  La mise à jour du génome humain, son étude comparée et surtout la réelle compréhension de son fonctionnement biologique devraient mettre un terme à ce malentendu. A mon avis, ce qui différencie les espèces est moins dans le nombre ou dans la constitution de leurs chromosomes que dans l'organisation séquentielle des gènes qui les constituent et surtout dans l'utilisation qui en est faite. Je pense en effet que des chromosomes identiques porteurs de gènes identiques peuvent donner des résultats différents car je ne suis effectivement pas convaincu que la génétique seule soit suffisante à tout expliquer. Rien n'indique, par exemple, qu'il n'y ait pas une différence entre l'information disponible, transmise ou non, et l'information réellement utilisée.

(Extrait 2)

  Chercher le berceau de l'humanité est une chimère. S'acharner sur l'Afrique est une illusion obsessionnelle. Chaque race a son propre phylum et son propre berceau géographique, avec son histoire, sa culture, ses qualités et ses défauts. Je ne pense pas que les jaunes puissent être les descendants ou les ancêtres des noirs ou des blancs et réciproquement. Leur origine ne peut pas être la même car rien ne peut laisser croire le contraire : l'air de l'Himalaya ne donne pas plus les yeux bridés que celui du Ventoux ne les arrondit. On n'a encore jamais vu un noir devenir blanc en vivant, par exemple, en Europe ou aux Etats-Unis, sauf peut-être... Michael Jackson.

  Comme j'entends déjà certains intellectuels crier au racisme si ce n'est au nazisme, permettez-moi de mettre un terme à la rumeur : dire que l'ancêtre d'un asiatique est un asiatique et que l'ancêtre d'un européen est européen, tout comme celui d'un africain est africain n'a rien de dévalorisant ni pour les uns ni pour les autres. Toute philosophie malsaine n'a aucun besoin de ces vérités pour inventer ses mensonges.

  La réalité des races humaines, contestée par certains, ne peut l'être que pour des motifs idéologiques, ce qui à mon sens ne peut être glorieux pour personne et encore moins pour un scientifique, car ne pas reconnaître cette réalité visible à l'oeil nu est bel et bien une forme de racisme refoulé sous un dogmatisme qui n'a rien de scientifique en créant volontairement la confusion entre la race et l'espèce.

(Extrait 3)

  Ceci dit, je ne peux me résoudre à clore ce chapitre sans rapporter ici ce que j'ai eu l'occasion de lire dans l'Express du 21 au 27 décembre 2000. J'y ai appris en effet qu'une équipe de chercheurs de l'université Stanford, a publié dans la très sérieuse revue Nature Genetics, une théorie selon laquelle notre illustre et lointaine grand-mère Eve serait née bien avant pépé Adam ! Cette étude serait fondée sur une analyse de l'ADN mitochondrial transmis exclusivement par la mère (chromosome X). Conclusion : l'âge de mémé remonte (à peine) à 143.000 ans (ce qui est déjà ridicule). Même démarche pour le chromosome Y propre à pépé : 84.000 ans. Soustraction : mémé est venue au monde 59.000 ans avant pépé. Donc, au début, il n'y avait que des mémés sur Terre. Donc, mémé n'est plus issue d'une simple côte ; son origine est plus noble, plus altière et, en toute logique, elle ne pouvait que dominer sur le pépé qui, face à elle, compte tenu de leur écart d'âge, n'était qu'un avorton sinon un embryon ; en tous cas un minus. Je veux bien. Mais il faut croire alors que les mémés toute seules ont peuplé la planète... en se passant de la reproduction sexuée. Or, ce mode étant éliminé, nos savants devraient nous expliquer la méthode utilisée : scissiparité, bouturage, marcottage...? Fallait-il aussi y mettre un peu d'engrais ?

CHAPITRE V - La mémoire et l'éternité

(Extrait  1)

  L'organisme a très vite démontré l'existence en lui d'une faculté particulière qu'on appelle "mémoire". A l'état brut, c'est la capacité d'enregistrer l'information. L'homme est conscient de sa mémoire et son système nerveux très développé lui permet de l'utiliser au mieux. Mais rien ne prouve que la conscience est nécessaire à la mémoire et réciproquement.

  Ainsi, il n'est pas interdit d'imaginer que toute matière soit capable d'enregistrer l'information même si, dépourvue de système nerveux, elle est incapable d'en faire usage ou - pourquoi pas ? - de faire savoir qu'elle en fait usage par un autre moyen.

  On peut tout aussi bien penser que cette faculté s'étend au-delà de la matière lorsque celle-ci se transforme en énergie potentielle puisque, après tout, la seule différence entre matièure et esprit n'est qu'une question de vibrations distinguant les deux états d'une seule et même chose.

(Extrait 2)

  Et voici qu'insensiblement, on s'approche de l'enseignement de Jean dispensé à travers les paroles prêtées à Jésus. Mais nous n'y sommes pas encore et, pour l'instant, nous allons aborder le sujet sous un autre angle.

  Tout ce qui était (dans la matière) est (en esprit - le virtuel) et sera (dans la matière). On peut pareillement dire que tout ce qui était (en esprit) est (dans la matière) et sera (en esprit), ce qui fait dire à Jean le baptiste : " Après moi vient un homme qui m'a précédé, car il était avant moi". Le monde de l'esprit est le père du monde qu'il engendre dans la matière, qu'il dévore en absorbant son rayonnement et engendre de nouveau. Le rayonnement permanent de la matière est comme le feu qui la consume et la régénère. On ne peut s'empêcher de penser ici à la légende du Phénix dont s'est inspirée la tradition chrétienne des premiers temps pour symboliser la résurrection. Ainsi, la lumière d'ici-bas s'en va vers le "ciel" et le "ciel" qui est comme le miroir du monde nous la renvoie.

(Extrait 3)

  Descartes disait que rien c'est rien et que rien ne peut sortir de rien, ni un objet, ni une pensée, ni aucune connaissance... Ce qui implique que toute philosophie, toute invention et tout chose est déjà présente dans l'homme dès sa naissance (et même avant celle-ci). Il porte en lui toute la Connaissance du monde et celle des lois de l'Univers, celles connues et celles à connaître.

  J'ai déjà posé quelques jalons au sujet de cette intuition (ou instinct) ; je vais maintenant essayer d'approfondir en restant dans la même optique, tout en rappelant qu'il s'agit d'idées théoriques dont la logique ne doit pas être prise pour certitude ; le style adopté ne l'étant que par commodité comme c'est d'ailleurs le cas dans l'ensemble de cet ouvrage.

  Le phénomène ondulatoire dans sa phase dynamique (ou matière) a la capacité d'enregistrer l'information qui ne s'efface pas dans la phase statique (ou esprit) ; elle est ensuite renvoyée dans la phase matière et ainsi de suite. L'esprit étant Un, toute onde quittant le potentiel pour entrer dans l'efficience la contient donc tout entière. C'est dire que chaque particule, chaque atome, chaque molécule, en porte la totalité. En conséquence, tout grain de matière comme tout corps complexe, y compris l'homme, en est également porteur dans chaque élément qui le constitue allant de la simple particule aux appareils évolués.

(Extrait 4)

  Rappelons au passage que le corps et l'esprit sont les deux états d'une seule et même chose ; l'esprit est en quelque sorte le feu (le subtil d'Hermès) qui dévore la matière (l'épais d'Hermès) tandis que la matière en se transformant par usure produit le feu qui la régénère.

(Extrait 5)

  Le cerveau fonctionne en s'appuyant sur trois niveaux : le premier est celui de l' inconscient, ouvert à la mémoire statique à l'origine des intuitions ; le second est celui du conscient où règne le moi ou ego , dominé par la mémoire dynamique, véritable outil de la raison ; le troisième est celui du préconscient , siège des sentiments et des envies (on notera qu'ici la nuance est faible entre les deux mots) générés par la confrontation des deux premiers.

  Je précise que les termes employés de conscient, inconscient et préconscient ne sont pas en rapport avec la terminologie de la psychanalyse. Et, précisément, sans entrer dans le développement d'une théorie psychanalytique, je dirais cependant que la confrontation de l'acquis et de l'inné constituant le préconscient peut engendrer des troubles pathologiques et en tout cas des tensions psychologiques destabilisantes chez des sujets faibles guidés par des envies obsessionnelles ou étouffées sous des préceptes contraignants.

  Il ne s'agit plus ici du refoulement freudien constitué par l'oubli volontaire d'un évènement traumatique mais d'une opposition forte entre l'instinct et la raison.

  A noter que chez l'être normal la raison - pas toujours forcément raisonnable - va le plus souvent arbitrer le conflit en faveur de ses envies.

  J'avoue donc mon désaccord avec l'approche restrictive de Freud pour qui seules les pulsions sexuelles jouent un rôle déterminant dans les processus psychiques et dans le développement individuel, comme avec celle d'Adler qui substitue ces pulsions au "sentiment d'infériorité" et aux mécanismes de défense compensatoire pour expliquer la volonté de puissance névrotique qu'ils engendrent chez le sujet.

  Il me semble au contraire que toute envie ou tout sentiment de quelque nature qu'il soit peut engendrer un état névrotique dès lors qu'il s'oppose fortement à la raison.

Chapitre VI -  Spiritualité rationnaliste : ébauche

(Extrait 1)

  La tradition dit ceci : Dieu a créé l'Univers et toutes choses dans l'Univers.

  Discussion : si Dieu a créé l'Univers, qui a créé Dieu ?

  Personne n'a créé Dieu. Il est de toute éternité la puissance créatrice de toutes choses.

  Dans ce cas, avant qu'il n'ait créé l'Univers, il occupait une place en dehors de toutes choses créées. Mais cette place n'était-elle pas déjà une chose créée ? Car rien ne peut être dans rien.

  Donc, ne pouvant exister dans rien, Dieu s'est créé lui-même en créant l'Univers. Toutefois, cette création simultanée n'a pas pu sortir de rien. Donc, l'Univers ne peut être différent de Dieu éternel ; ce qui revient à dire que l'Univers est éternel. Dans ce cas, il n'a pas été créé puisqu'il est de toute éternité.

  Donc, Dieu en tant que puissance créatrice n'a plus aucune nécessité puisque la "création" n'a jamais été créée ; elle est de toute éternité. Mais sa seule existence n'écessite celle d'une puissance éternelle qui, même confondue avec elle, reste un mystère dans sa source comme dans son essence. Dieu est le nom donné par les hommes à ce mystère.

  Conclusion : Dieu et l'Univers sont indissociables ; l'un étant le principe, l'autre les lois qui en émanent. Le premier ne pouvant être en dehors de ses lois,  et réciproquement, il s'en fait philosophie pour devernir croyance.

  Conséquence : toute chose est partie de Dieu un et indivisible puisqu'en le divisant il ne serait plus Dieu, contenant et contenu de tout ce qui est.

(Extrait 2)

  Voila pourquoi la division n'étant plus Dieu, elle a été appelée Diable. La division étant le propre de la matiière, et malgré la faiblesse du raisonnement, il est admis que la matière est mauvaise car si Dieu "Un" est bon, ce qui n'est pas "Un" ne peut plus l'être.

  Reste à savoir ce qu'il faut entendre par "bon" ou "mauvais" car ces termes ne peuvent se comprendre que par comparaison de choses différentes, c'est-à-dire en dehors de l'unité. On entre donc dans le relatif caractérisant la matière. Et puisque "bon" et "mauvais" sont des termes relatifs, ils ne peuvent avoir de rapport avec Dieu qui est l'absolu. Pour discuter de ces termes il faut donc quitter cette logique indigente pour entrer dans la morale, ce qui est effectivement le fait de l'homme et non de Dieu.

  On en déduit nécessairement qu'en le plaçant à l'écart de ces considérations relatives, Dieu n'est ni bon ni mauvais ; il "est" ; un point c'est tout. Le bien et le mal ne sont plus que des inventions humaines.

  Cette conception conduit tout naturellement à l'effondrement de toute eschatologie (...)

(Extrait 3)

  Il en va tout autrement en se reconnaissant enfant de Dieu, c'est-à-dire partie de sa chair et de son sang, de son corps et de son esprit, universels, éternels.

  Sur le plan éthique, une telle pensée conduit au respect de l'autre en soi-même en amoindrissant sinon en effaçant la distinction entre le moi et le ça (tout ce qui n'est pas moi). Seulement voilà : les choses ne sont pas aussi simples car le "Je", le "Moi", résistent à toutes les volontés en refusant de se confondre avec le "eux" et le "ça".

  Le problème ainsi posé ne peut être balayé en disant simplement que tout homme est fait de la même chair et du même sang car il existe une différence objective entre chaque individu qui est bel et bien la conscience du "moi". "Je" me sens vivre mais je ne sens pas vivre l'autre. Je sais qu'il vit en percevant son existence propre de personne unique sans pouvoir la confondre avec celle du voisin. Je le sais car, précisément, étant fait de la même chair et du même sang, je sais qu'il se sent vivre en pleine conscience de son "moi" comme je le ressens pour moi-même sans pouvoir me confondre avec lui.

  Le mystère qui me trouble le plus profondément est donc celui de ma propre existence.

  Comment se fait-il que "je" sois pour moi, et pour moi seul, la plus évidente réalité de ce monde ? Si je disparais, le monde existera-t-il encore ? Je pense que oui, mais pourtant, n'étant plus là pour l'observer, il n'existera plus. Donc, par rapport à ma conscience, le monde disparaîtra avec moi. Alors par quel miracle ce "moi" est-il arrivé ici-bas pour que le monde existe ? Et d'où est venue cette conscience unique qui n'appartient qu'à moi et que je sens vivre en moi ?

  La génération spontanée n'existe pas puisque rien ne peut sortir de rien. Alors faut-il admettre qu'elle était avant que je ne sois ?

(Extrait 4)

  Cette conscience du Moi qui nous sépare les uns des autres ne peut être le fruit du seul assemblage hasardeux de particules issues de l'infini virtuel.

  On peut par ce moyen raisonnable expliquer l'éternel retour à l'efficience de l'onde qui s'en va dans le virtuel, mais pas la naissance d'une entité psychologique individuelle à partir d'une substance commune.

(Extrait 5)

  (...) : les âmes sont-elles liées à la vie sur Terre ou sont-elles partout dans l'Univers ? Comment croire que dans les milliards de milliards de milliards... de galaxies peuplant l'infini, seule la Terre aurait le privilège d'abriter le Vivant ? Les scientifiques savent que les atomes qui ont fait la Terre et tout ce qui s'y trouve, y compris les hommes, viennent des étoiles et qu'il y a des étoiles partout dans l'Univers, même si l'égocentrisme qui caractérise les hommes en pousse beaucoup à douter que la vie organique puisse exister ailleurs que dans leur propre jardin.

  Voilà donc le secret de notre propre éternité ! Mais attention, bonnes gens, ce que je viens d'écrire là est parole d'Evangile, car jamais personne n'a pu voir une âme au microscope, ni à la radiographie, ni au scanner, ni à l'échographie, pas même à la télé... Je n'ai cependant rien inventé : dissimulé derrière l'apparence d'une tragédie antique, le récit de l'apôtre Jean, que nous allons maintenant aborder, ne dit rien d'autre que ce qui vient d'être dit d'une manière plus ouverte. Il s'y emploie avec insistance, verset après verset, chapitre après chapitre, en faisant appel à une imagerie variée illustrant scène après scène tout le processus de l'éternel retour.

Deuxième partie - EVANGILE SELON JEAN

(Extrait 1)

     35. Le lendemain, Jean était encore là, avec deux de ses disciples ;

     36. et, ayant regardé Jésus qui passait, il dit : Voilà l'agneau de Dieu.

     37. Les deux disciples l'entendirent prononcer ces paroles, et ils suivirent Jésus.

     38. Jésus se retourna et voyant qu'ils le suivaient, il leur dit : Que cherchez-vous ? Il lui répondirent : Rabbi (ce qui signifie Maître) où demeures-tu ?

     39. Venez, leur dit-il, et voyez. Ils allèrent, et ils virent où il demeurait ; et ils restèrent auprès de lui ce jour-là. C'était environ le dixième heure.

  Jésus ne dit rien sur sa demeure ; il dit simplement "venez, et voyez". Mais quelle importance peut avoir son habitation pour des gens qu'il ne connaît pas ? Sans doute aucune ! Alors on ne comprend pas l'intérêt de la question, sauf s'il s'agit d'une expression métaphorique désignant la demeure intérieure, la nature de l'être. C'est bien ce que nous confirme le narrateur en ayant recours au langage des nombres, précisant que "C'était environ la dixième heure". Ainsi, il utilise une mise en scène pour nous parler de la nature de Jésus.

  Sa demeure (sa nature) est visible (se comprend) dans la fin et le recommencement signifié par le nombre 10 comme nous l'avons déjà vu (Genèse, commentaires des versets 24 à 31).

  Ce nombre indique l'expansion de l'unité dans la multitude par le zéro placé après le un au début de la série des nombres doubles (...)

(Extrait 2)

  Judas reçoit le morceau trempé, le désignant clairement comme étant celui qui donnerait Jésus. Après cela "...quelques-uns pensaient que, comme Judas  avait la bourse, Jésus voulait lui dire : Achète..." etc. Ou bien ces quelques-uns sont complètement bouchés, anéantis de la comprenette, ou bien les choses ne se passent pas sur le plan de la raison. Jésus peut alors être assimilé à un état de fait qui échappe  à la compréhension première des hommes.

  Judas avait la bourse, le contenant de l'argent ou de l'or, le trésor, propriété commune des disciples.

  Pour le symbolisme traditionnel, le trésor, caché ou révélé, n'est rien d'autre que la lumière ou la révélation. Or, Jésus est la lumière du monde. Cette interprétation fait de Judas le gardien de Jésus depuis le commencement de la fable symbolique.

  Il est dit ailleurs que Judas était voleur ; il confisquait pour lui le trésor comme la matière absorbe la lumière. Et lorsque la matière meurt, la lumière reparaît.

  Judas devient l'enveloppe de Satan qui entre en lui. Souvenons-nous que Satan est le porteur de lumière ; non pas celui qui la diffuse mais celui qui l'absorbe. Il est le Prince du monde, il est le monde.

  En entrant dans Judas, il fait de lui l'image du monde ; non pas d'un point de vue moral, mais physique. Ainsi s'établit une relation de symétrie entre Judas et Jésus, l'un étant matière et l'autre esprit. Les deux dans leur nécessaire réciprocité, se donnent la réplique non pas en paroles mais en acte afin de mimer le Cycle de la Création.

  On notera au passage pour l'anecdote que leurs noms commencent tous les deux par la lettre "J", équivalent à Iod, dixième lettre de l'alphabet hébraïque.

  Nous avons aperçu le symbolisme de ce nombre dans sa signification de début et de recommencement. Judas prend ainsi toute sa dimension symbolique ; sans lui, principe diviseur de la matière qui naît et meurt de sa propre division pour renaître, le cycle Esprit-Matière ne pourrait s'accomplir et le monde n'existerait pas !

(Extrait 3)

  Arrêtons-nous sur les attributs dont les soldats parent Jésus : une couronne d'épine et un manteau de pourpre. La couronne d'épines qui le blesse fait couler son sang, rouge comme le manteau. Le pourpre, couleur de sang, symbolise le mystère de la vie, de la mort et de la résurrection, comme l'oeuvre au rouge symbolise la régénération de l'homme universel, le Grand Oeuvre dans l'athanor d'Elie Artiste. Les épines qui pénètrent dans la chair de Jésus représentent la souffrance du monde portée par un seul homme, le Fils, le Vivant, l'humanité fait d'un seul corps et d'un seul esprit. Les épines qui pointent vers le ciel sont déjà le rayonnement du Christ, l'annonce de la transfiguration de l'homme terrestre en homme céleste. Le sacrifice de Jésus n'est pas seulement sa fin sur la croix ; il a commencé par sa venue dans le monde pour tous ceux qui ne croyaient pas et qui croiront parce qu'il leur aura ouvert les yeux sur la vérité qu'il incarne depuis le commencement jusqu'à la fin et au recommencement.

(Extrait 4)

  Jésus portant sa croix arrive au Golgotha qui signifie crâne. Avec la croix, c'est le symbolisme du corps et de l'esprit, le créé et le créant, qu'il porte jusqu'au lieu assimilé par son nom au cycle initiatisque de la mort et de la résurrection.

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