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Je m'appelle Jacky, 37 ans, vivant près de Nantes en Loire Atlantique, et j'exerce le métier de technicien de laboratoire (en vétérinaire pour le moment).

J'ai la chance de posséder les deux plus beaux enfants du monde (si, si ! Cherchez pas : c'est moi qui les ai !!!) : Kellian (5 ans) et Fanny (3 ans)

Je suis marié avec une femme extraordinaire qui prend même la peine de lire mes oeuvres et de corriger certaines expressions.

En dehors de ça, je possède deux chiens, une tortue, un poney, deux chevaux, deux souris... (Ca suffit comme ça !)

J'aime tout ce qui est naturel : les paysages sans béton, les forêts sans chemins, les animaux sans entraves, les filles sans maquillage (wouppps!)...

J'aime aussi tout ce qui est simple, et ceci est notamment vrai pour les gens...

L'écriture est un petit havre de paix pour moi, un endroit intime où je laisse ma pensée écrire le monde... Mes oeuvres sont donc à mon image, simples, spontanées, naturelles, et décortiquent souvent la personnalité des gens. Bref, vous vous retrouverez forcément dans l'un des personnages de "La croix de Loubrac"...

 

 LA CROIX DE LOUBRAC (Extraits)

                                                     Vendredi 13 Octobre

   "Louise, s'il vous plaît ! demandai-je en appuyant sur le bouton de l'interphone, pouvez-vous me dire si j'ai un rendez-vous en début d'après-midi ?"
   A peine trente secondes plus tard, Louise entra dans mon bureau, tenant à la main un grand agenda relié de cuir. Elle était comme ça, Louise : Elle n'aimait pas parler dans le petit boîtier électronique. Alors, lorsque je lui demandais quelque chose, elle ne répondait pas, mais accourait aussitôt.
"Cet après-midi, c'est une délégation de la municipalité de Loubrac qui vient, me répondit-elle. C'est au sujet du projet d'une route nationale.
- Merci, Louise ! Vous penserez à apporter assez de chaises pour recevoir ces messieurs ?
- Bien sûr, monsieur ! Je crois que monsieur le maire en personne sera là.
- Louise, s'il vous plaît ! faites moi plaisir ! Pour la énième fois, appelez moi Patrick !"
   J'avais dit cela sur un ton à la fois ferme et convivial. Louise me répondit par un sourire et referma la porte. 
  Elle était toujours impressionnée lorsqu'elle parlait de quelqu'un qu'elle estimait supérieur à elle-même. C'est la raison pour laquelle elle m'avait précisé la venue de monsieur le maire en personne. Pour Louise, ce personnage représentait sans doute l'élite, le must, le "haut du gratin". Je pouvais, de ce fait, être certain que, lorsque je l'appellerai cet après-midi pour qu'elle nous apporte le café, elle se serait habillée comme pour une soirée et ne ferait pas un pas de travers. 
  Pourtant, je le connaissais bien, moi, ce monsieur le maire en personne : Il administrait le village dans lequel j'habitais. En fait de maire, c'était un gros gaillard jovial et moustachu, qui ne devait son élection qu'à sa bonne humeur et à son paternalisme appuyé. Il venait de débuter, deux mois auparavant, son sixième mandat consécutif, et, pour autant, ne connaissait toujours rien aux choses administratives. Néanmoins, le village de Loubrac ne s'en portait pas plus mal !

  Loubrac était situé à une quinzaine de kilomètres de Clermont-Ferrand, et se distinguait par une tour médiévale qui, de la description même des touristes, ressemblait plus à un amas de cailloux qu'à un monument historique. C'était un petit village aux rues étroites, dans lequel le calme et la sérénité étaient de mise. Le maire de cette communauté, Guy, était un ami de longue date, qui ne vivait que par son amour pour sa "cité", comme il l'appelait. Connaissant son peu d'attrait pour les grandes villes, je m'étais fait la réflexion qu'il devait être extrêmement intéressé par le projet de nationale pour avoir fait le déplacement jusqu'à Clermont-Ferrand. J'avais, d'ailleurs, déjà lu plusieurs articles de presse concernant cette route : La région voulait mettre en place une liaison sécurisée entre la capitale auvergnate et une autre ville située plus à l'ouest, et il n'avait pas échappé à Guy, que cette nouvelle voie pouvait parfaitement passer aux alentours de Loubrac. Notre joyeux moustachu devait déjà se voir, accueillant la foule estivale, et faisant de son village le "Saint-Tropez" local ! D'ailleurs, toute la population le soutenait, car, aux yeux des cinq cent cinquante petit vieux qui composaient l'électorat de Loubrac, ce que maire disait était paroles d'évangile !
  Ainsi, en délégation, Guy venait voir le "surdoué", afin d'obtenir un conseil sur la défense de son dossier auprès des instances régionales, puis nationales. Peut-être même me demanderait-il de l'accompagner dans ses démarches. Et je savais déjà que je répondrais oui sans hésiter, car après tout, un peu de vie et de jeunesse à Loubrac n'étaient pas pour me déplaire…
        
  Je passais donc mon après-midi à discuter des avantages et inconvénients de ce que Guy appelait déjà "le grand projet". Je m'apercevais bien qu'il rêvait un peu trop, et je savais bien que cette nationale ne suffirait pas, à elle seule, à sortir le village de sa léthargie vieillissante. Mais je le laissai dans ses songes, car je me disais que, de toute façon, cette route se chargerait par elle-même de le ramener sur terre. 
    Nous nous quittâmes vers dix-huit heures, après que la délégation municipale m'eut promis le champagne si le projet se concrétisait ! J'avoue, sans honte, que tout cela m'amusait : J'imaginais mes cinq politiciens, rentrant chez eux ce soir, bras dessus bras dessous dans les rues de Loubrac, et chantant en chœur une chanson paillarde ! Car, à ce jour, je pouvais être certain d'une chose : Assurés de mon soutien, ils iraient tous fêter l'événement au bar des sports du village, et ils n'en sortiraient que fort tard… 

     Ce soir-là, le vent avait chassé la pluie et, tard dans la nuit, la lune avait fait son apparition. Profitant de sa clarté, j'avais préparé mon sac à dos et, bien au chaud sous un épais pull de laine, j'étais allé retrouver ma confidente, ma croix, qui semblait n'attendre que moi. Là, laissant mon esprit se confondre avec la douce ambiance nocturne qui surplombait la vallée, je m'étais assis en silence sur l'herbe humide, comme quand j'avais onze ans, et je m'étais souvenu…

    Je me rappelle la canicule qui sévit sur le centre de la France ce jour-là. Je me rappelle l'ambiance de fête qui règne sur le village, l'odeur des grillades qui se répand sur la place de l'église, le bruit des marteaux qui mettent en place l'estrade pour l'orchestre. Je me rappelle l'agitation de tous les habitants affairés à préparer le bal du 14 Juillet…
    Je me rappelle le cliquetis des cannes qui conduisent les petits vieux sur la place, les jurons du maire lorsqu'il se rend compte que le micro ne fonctionne pas, la valse endiablée des quelques jeunes du village sur la piste de danse. Je me rappelle la robe bleue d'Aurélie qui dessine délicatement ses formes naissantes, la faisant passer tendrement de fillette à jeune fille. Elle est encore plus jolie qu'avant. Elle a quinze ans, et moi j'en ai quatorze…         

   Ce soir-là, mes parents m'avaient "exceptionnellement" autorisé à aller assister aux festivités de Loubrac. Devant mon insistance, mon père avait fini par céder, ce qui était fort rare chez lui. Alors, je m'étais rendu sur la place d'où provenait un petit air d'accordéon.
   Je déambulais tranquillement dans les rues du village lorsque, soudain, une douce voix m'avait appelé derrière moi : C'était elle ! C'était Aurélie ! Sa robe bleue flottait dans la brise, et soulignait avec une délicatesse infinie son beau bronzage d'été. Ses cheveux étaient maintenus à l'aide d'une barrette, et à les voir ainsi, si fins, si légers, je ressentais au fond de moi comme une envie de les respirer, comme un besoin d'y enfouir mon visage et de ne plus jamais le retirer, afin que d'éventuelles odeurs étrangères ne puissent venir ternir ce doux parfum de bonheur. Ses bras nus laissaient apparaître le petit bracelet de cuivre que je lui avais offert l'année précédente. J'avais remarqué immédiatement ce détail, et mon cœur s'était alors mis à battre un peu plus fort. Tout en elle exhalait la fraîcheur, la légèreté, la spontanéité, et je me plaisais à rester serré contre elle afin de profiter de cette essence de vie qu'Aurélie diffusait autour d'elle…  
    Nous nous étions assis côte à côte sur le muret de pierres qui bordait l'église, et, sans rien dire, nous avions regardé les gens rire et danser. Puis, au bout d'un moment, alors que la fête battait son plein et que la nuit commençait à envelopper Loubrac et ses habitants, Aurélie s'était penchée vers moi – j'avais même senti ses lèvres sur mon oreille – et elle m'avait dit :
    "J'en ai marre ! J'ai envie d'aller ailleurs !"
     Immédiatement, sans doute grâce à la magie de l'Amour, mon esprit avait su où emmener la jeune fille pour lui faire plaisir. Je l'avais alors entraînée vers la colline, afin qu'elle puisse découvrir mon repère, et ainsi partager mon secret. J'étais sûr que ce cadeau que je lui faisait, lui permettrait de mieux cerner la force de mes sentiments, même si je ne doutais pas un instant qu'elle ait compris mon cœur depuis quelques temps déjà.
    Sur le chemin, prétextant qu'elle ne voyait rien, elle m'avait pris la main. Mes pensées s'étaient emballées, et je m'étais alors fait la réflexion qu'un Q.I. élevé, ça ne servait à rien pour les choses de l'Amour ! Je me sentais idiot, apeuré, timide, mais pourtant j'étais heureux, heureux comme jamais je ne l'avais été.
La chaleur de la journée s'était doucement mue en une fraîcheur agréable, et j'avais réellement eu l'impression d'être au paradis lorsque nous nous étions allongés près de la croix. Celle-ci avait accumulé dans ses pierres les rayonnements du soleil de l'après-midi, et restituait maintenant cette énergie avec une délicatesse étonnante. Je me souviens avoir posé la main sur le monument, et avoir laissé cette tiédeur pénétrer mon âme. 
     Nous avions longuement regardé les étoiles, attendant chacun que l'autre fasse le premier pas. Puis, le signe ne venant pas, je lui avais alors dit, en essayant de garder un timbre de voix le plus naturel possible, que j'avais mal au dos. Je m'étais donc tourné vers elle, toujours allongé sur le sol. Aurélie avait, bien sûr, profité de l'occasion pour en faire autant, et nous nous étions retrouvés l'un face à l'autre, le cœur battant, elle me regardant dans les yeux, et moi, je dois l'avouer, louchant sur sa culotte de coton que sa robe avait délicatement dégagée. Puis, subitement, sans même me laisser le temps de lui répondre, elle m'avait dit "je t'aime" et avait posé sa bouche sur la mienne...

   Je crois que c'est ce soir-là que j'ai compris qu'il existait deux formes d'intelligence : une pour les maths, la logique et la compréhension ; une autre pour la vie. Et Aurélie devait avoir un Q.I. très élevé pour l'intelligence de la vie...!

                                                                        Mercredi 21 décembre

  Quelques heures plus tard...
  Qui, de l'homme d'église ou du surdoué, est le mieux armé pour combattre les turpitudes ?... Qui, de celui qui a la foi ou de celui qui a la science, peut le mieux expliquer la misère humaine ?...
  Moi, je le sais, maintenant...
*
  J'arrivai au presbytère alors que le bourdon paroissial sonnait quatorze heures. Devant le bâtiment, une nonne assez âgée était penchée sur un petit lopin de terre, et semblait vouloir remplacer les mauvaises herbes qui poussaient ça et là par quelques plants de légumes.
  A ma vue, elle se redressa et essuya ses mains sur le tablier à carreaux qui recouvrait sa robe.
"Bonjour, ma Mère! la saluai-je, en tentant de me remémorer les rares connaissances ecclésiastiques que je possédais.
- Bonjour, mon fils! me répondit une voix fluette. Entrez!... Entrez! je vous en prie!"
  Elle avait joint le geste à la parole, et d'un ample mouvement de bras, m'invitait à pénétrer dans le jardin. Je poussai alors la lourde grille de fer forgé, et avançai d'un pas peu assuré.
"Excusez-moi de vous déranger, ma Mère! Je cherche l'abbé Brice. Savez-vous où je peux le trouver ?
- Il est au catéchisme à cette heure! s'exclama-t-elle avec un large sourire. Il en a pour tout l'après-midi! Peut-être puis-je vous aider, mon fils ?"
  J'hésitai trente secondes, puis repris : "Non!... Non!... Merci, ma Mère! Je repasserai."
Je lui tournai alors le dos et commençai à partir, lorsque la voix fluette m'interrompit : "Vous n'êtes pas de la paroisse, mon fils ; je ne vous ai jamais vu à l'église, me semble-t-il..."
Le ton que la vieille femme avait employé attestait plus d'une certaine curiosité que d'une quelconque accusation. Néanmoins, je me sentis soudainement rougir. Je n'osai lui avouer mon athéisme, de peur de la blesser.
  "Si, si! Je vis bien à Loubrac! bredouillai-je. Mais je dois avouer que la religion et moi, nous nous sommes un peu perdus de vue depuis quelque temps..."
  La nonne prit un air sévère : "Lorsque les non-croyants viennent nous voir, c'est que l'heure est grave! plaisanta-t-elle. Venez, mon fils! Suivez-moi!"
  Je lui emboîtai alors le pas, empreint d'une sympathie et d'une compassion immenses pour cette femme qui avait fait de l'altruisme sa philosophie. Nous suivîmes un long couloir aux décors très austères, et sur lequel s'ouvraient une multitude de portes, toutes surmontées d'un petit crucifix. La solennité de ce lieu m'impressionna profondément, d'autant que le silence qui régnait entre ces murs était d'une pureté stupéfiante : pas une voix, pas un claquement de portes, pas un craquement de plancher ; seul le bruit sourd de mes semelles sur le sol venait troubler la quiétude et l'atmosphère de recueil du presbytère...
  Nous arrivâmes en vue d'une porte qui se distinguait des autres par son aspect rustique. La nonne l'ouvrit et m'invita à entrer. Je me retrouvai dans une sorte de petite chapelle éclairée par des bougies, et dans laquelle deux chaises se faisaient front.
  "Asseyez-vous, mon fils! me dit mon hôte. Je vais aller chercher l'abbé. Imprégnez-vous de cette lumière en patientant : Son pouvoir est grand... et très bénéfique pour les âmes blessées..."
  Elle me fit un clin d'oeil, et quitta la pièce en prenant soin de refermer la porte derrière elle. Je restai alors seul, dans une demi pénombre, à contempler les reflets vacillants des flammes sur les murs de la crypte. Mon attente ne fut pas longue, puisqu'au bout de cinq minutes, quelques coups très discrets frappés à la porte me sortirent de ma pseudo méditation. Avant que j'aie pu me lever, un homme d'age mur entrait, et, sans avoir dit un seul mot, il s'asseyait sur la chaise restée libre. Il resta un long moment à me fixer du regard avant de prendre la parole.
  "N'est-elle pas étonnante, cette lumière ?" demanda-t-il.
  Sa voix était à la fois douce et grave, ce qui renforçait le charisme que son visage lui conférait.
  "C'est reposant, il est vrai!" répondis-je avec un sourire, ne sachant trop où le curé voulait m'emmener à travers sa question.
Puis, contrairement à mon attente, l'abbé Brice laissa à nouveau le silence envahir la chapelle. Sans savoir exactement pourquoi, je commençai à me sentir mal à l'aise dans cette ambiance pesante et nouvelle pour moi. Pourtant, j'en conviens, au bout de quelques minutes le calme de la crypte provoqua en moi un certain apaisement, une sérénité que je n'avais pas ressentie depuis fort longtemps. Je laissai alors mon esprit se détendre et se concentrer sur les petites bougies étincelantes. La voix chaude du vieux curé vint doucement rompre le sortilège : "Il n'y a bien souvent de réponses que dans le silence, murmura-t-il. En quoi puis-je vous être utile, mon fils ?"
  Il me fallut quelques secondes pour retrouver tous mes esprits.
 "La nonne m'a dit que vous enseigniez normalement le catéchisme cet après-midi ; j'espère ne pas abuser de votre temps ?
- Il est du devoir de l'église d'accueillir les âmes perdues, me répondit le prêtre. Les enfants qui ont cours cet après-midi savent pourquoi ils sont là ; il me parait important que vous puissiez le savoir, vous aussi."
  Mis en confiance par le paternalisme du religieux, je racontai alors toute l'histoire liée à la croix de Loubrac, sans omettre aucun détail, passant en revue les gens et les faits qui me paraissaient importants, afin que l'homme assis en face de moi comprenne parfaitement mes états d'âme. Ce dernier m'écouta studieusement sans jamais m'interrompre, fermant parfois les yeux, acquiescant régulièrement d'un mouvement de tête, et ce ne fut qu'à la fin de mon récit que je pris conscience du temps qui s'était écoulé : Une heure avait passé depuis le moment où j'avais pris la parole. Je me tus, gêné et confus.
  L'abbé sembla réfléchir un instant, puis il me dit :
  "Mon fils, mon expérience d'homme d'église m'a appris beaucoup de choses sur la nature humaine. Entre autres, elle m'a enseigné ceci : Lorsque l'aspect religieux d'une pensée ou d'un acte intéresse son auteur, c'est toujours en poussant la porte de l'église qu'il vient me voir, et non celle du presbytère! C'est pour cette raison que je préfèrerais ne pas mêler la parole du Christ à mes propos. En effet, je ne suis pas certain que cette parole puisse vous convenir. Néanmoins, et puisque vous me l'avez demandé, sachez que la seule réponse que puisse vous apporter la religion est la suivante : Les voies empruntées par le Seigneur sont souvent tortueuses, ce qui signifie que de nombreuses questions n'ont pas leur réponse ici-bas. Dieu l'a voulu ainsi, justement pour mettre à contribution la foi de chacun. Considérez, si vous le pouvez, votre "mal-être" comme une épreuve imposée par la volonté divine. Profitez peut-être de l'occasion qui vous est donnée pour vous tourner vers le Très-Haut. Qu'avez-vous à y perdre ? Et d'ailleurs, en venant me voir aujourd'hui, n'avez-vous pas déjà fait le premier pas ? D'autre part, et là ce n'est plus le curé qui vous parle mais simplement l'ami, je ne crois pas qu'il faille vous culpabiliser sur le sort que votre esprit réserve à votre grand-mère : Le simple fait de venir m'en parler indique, tout au contraire, tout le respect que vous lui portez. Ce n'est visiblement pas la personne en elle-même que vous désirez voir disparaître, c'est ce qu'elle représente à vos yeux. Ne confondez pas les choses, mon fils! Ne confondez pas les choses!..."
  Qui, de l'homme d'église ou du surdoué, est le mieux armé pour combattre les turpitudes ?... Qui, de celui qui a la foi ou de celui qui a la science, peut le mieux expliquer la misère humaine ?...
Moi, je le sais, maintenant : Le religieux est le plus enclin à résoudre les problèmes. Car lui a trouvé une parade pour les choses qu'il ne comprend pas ou qu'il ne sait pas expliquer : "Les voies empruntées par le Seigneur sont souvent tortueuses!"...

  Pour la première fois de ma vie, je me suis tourné vers l'église, parce que je n'avais pas su trouver la réponse à mes questions dans mon univers terrestre. J'ai voulu donner sa chance à la religion pour qu'elle me prouve sa capacité à "sauver les âmes perdues". Car finalement, c'est bien pour essayer de comprendre où grand-mère puise sa force et sa sérénité que j'ai voulu rencontrer le prêtre. Mais il n'y a pas eu de miracle! Je suis ressorti du presbytère avec les mêmes incompréhensions, les mêmes doutes, qu'au moment où j'y étais entré... La croyance en un dieu ne m'a rien apporté. La religion s'est retranchée derrière un vulgaire postulat, sensé tout expliquer, mais qui, en fait, n'éclaire rien. Et encore une fois, je suis resté bredouille, sans solution ; je suis resté seul avec mon esprit qui, lui, n'a retenu qu'une chose : Ce n'est pas la mort de grand-mère que je souhaite, c'est seulement celle de ce qu'elle représente!... C'est l'abbé Brice qui l'a dit!... Dieu lui-même semble bien me donner le droit de m'envoler vers ma nouvelle liberté! Alors, pourquoi m'en ferais-je ?!

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Jacky Blandeau