Auteurs, Livres et Dialogues

                                                                      Le site des arts et des lettres

        

 

 Accueil

 Arts, peinture

 Poésie

 Auteur en quête d'éditeur

 Photo     

 Les rendez-vous  

 Service de presse    

 Annuaire des éditeurs  

 Sites web amis   

 Contact    

 

 

 

 

Jérémie Cassiopée

 

 

 

         Né à l’époque des conquêtes spatiales, l’auteur, Jérémie Cassiopée, a grandi les pieds en terre charentaise et la tête dans les étoiles, porté

         par l’imaginaire et le merveilleux, sevré aux contes de Grimm et d’Andersen d’abord puis, plus tard, grâce à la bibliothèque de ses parents,

         nourri à la prose de Verne, Klein, Bradbury, Matheson et tant d’autres.

 

         Jérémie Cassiopée vit en Angleterre où il travaille, mais a gardé de solides attaches dans sa Charente natale et c’est chez lui qu’il a choisi

         de donner le coup d’envoi à ce premier roman

 

.

 

 

EXTRAITS

 

  Ce que cachaient les ténèbres

 

Chapitre un

   Baigné par la lumière d’un soleil blafard, l’appareil filait bon train à travers le paysage de terre rouille et de rocs. Il fendait l’air léger en

bourdonnant et Mars lui déroulait son tapis rouge.

   Vu de dessus, il ressemblait à un insecte géant aux volumes ronds; un insecte couleur cuivre suspendu à deux gros ballons de forme

effilée qui lui tenaient lieu d’ailes. Sur le cockpit en forme de goutte d’eau, le soleil faisait danser ses reflets changeants. En dessous, quelques

dizaines de mètres tout au plus, le paysage, monotone et stérile, défilait. Les rochers succédaient aux cailloux. Rochers. Cailloux. Rochers.

Cailloux.
Puis une végétation timide fit son apparition.
Dans le cockpit, une voix claire résonna.
- Bravo-17 Victor-Tango à Base de Régulation du Trafic Aérien, bonjour. Vous me recevez?
Par contraste, le haut-parleur ne put restituer qu’une pâle imitation du timbre humain, sourde et parcourue de craquements.
- Base de Régulation Sinaï Planum à l’écoute. Bonjour, Victor-Tango.
- Victor-Tango
à Base : Solange Fortitude sur Scarabée, en approche du Lac Nouvelle-Egée et à destination du Centre d’Intervention et de

Secours, secteur nord-est de Noctis Labyrinthus. Appel de procédure standard. Vitesse et trajectoire conforme. Rien à signaler. A vous.
-
Base à Victor-Tango : Négatif. Trajectoire non conforme. Salut Solange, c’est Stuart. Comment vas-tu ? Contacte-moi sur la fréquence que

je t’envoie. A toi.
Dans le fond de son fauteuil ergonomique, une jeune femme pilotait l’aéronef. Ses yeux se pincèrent à l’écoute de cette invite inattendue.
- Stuart ? Entendu, je te rappelle, répondit-elle enfin. 

 

 

Chapitre cinq

(...)
Solange se déplaçait sur les débris à pas chancelants, le dos arqué, à l’affût des projectiles de toutes sortes qui fendaient l’air. D’un revers

machinal, elle essuyait en vain le ruissellement en cascade de la pluie sur sa visière. Elle balayait tant bien que mal le sol dévasté du pinceau de

la lampe rivée sur son crâne et sa main, transie, crispée sur le renifleur, s’efforçait d’en suivre la trace pâlotte.
Solange leva la tête et la lumière de sa torche accrocha un reflet platine. Elle se jeta au sol, évitant par miracle la course meurtrière d’un fragment

déchiqueté de cloison qui alla s’écraser plus loin contre une structure verticale encore debout.
- Ça suffit comme ça, s’époumona-t-elle dans son interphone. Recherche négative. Je rentre à la maison.
Contre la volonté rageuse du vent, écrasée par une pluie torrentielle, elle amorça un rétablissement prudent.
L’inattendu se produisit alors. Encore sur ses quatre appuis, la jeune femme appela de nouveau Nasdine :
- Changement de programme. Je viens de voir un truc.
Solange se redressa et entreprit une progression malaisée à travers les éléments déchaînés. L’explosion avait transformé le dôme en un vaste

monticule d’éléments tordus, enchevêtrés et calcinés. Du versant opposé, à peine distinct, un faisceau de lumière jaillissait vers le ciel.
Mètre après mètre, la jeune femme parvint enfin à la hauteur du rayon lumineux. Sa source semblait provenir d’une cavité enterrée sous les

décombres, dont une grande plaque de tôle tordue obstruait l’accès. Solange tenta sans succès de la soulever à la main. Elle essuya sa visière

inondée d’un revers de manche inutile et, en guise de sésame, haleta des injures. Mais la tôle demeura inébranlable, laissant pour toute réponse la

pluie serrée marteler sa paroi.

                       

Chapitre dix-neuf

(...)
Le hurlement n’en finissait pas. Porté par les gaines d’aération, il rebondissait contre les murs et semblait venir de partout à la fois. Dans la galerie

circulaire, les sauveteurs se heurtèrent à leurs collègues qui, ébahis, étaient sortis de leurs appartements.
- Qu’est-ce qui se passe ? demanda Nasdine.
- On aimerait bien le savoir, répondit Solange.
- Je crois que ça vient d’en bas, dit Vo-Din.
Obscurité.
Nouvelle coupure d’électricité. La galerie baignait dans la lueur trouble et rougeâtre de l’éclairage d’urgence. Les sauveteurs n’étaient plus que de

vagues silhouettes floues qui se fondaient dans leurs ombres et qui couraient maintenant vers l’escalier d’accès à l’étage inférieur.
La structure métallique accueillit en gémissant leur descente précipitée. Les pas brutaux qui résonnaient contre les marches rythmaient de leur

martèlement le hurlement qui apparaissait plus proche.
Les sauveteurs investirent le niveau zéro et le cri devint soudain une supplication inarticulée, étouffée sous les sifflements du vent. Des lampes

torches s’allumèrent et trouèrent l’obscurité presque totale. On s’engagea dans les couloirs.
- José, c’est toi ? Où es-tu ? cria Solange.
Fracas métallique. La supplication cessa brutalement.
Lumière.
La jeune femme et ses compagnons furent douchés dans la lumière crue, presque aveuglante, du plafonnier. Il y eut un instant de surprise. Dehors,

la tempête grondait. Puis les exclamations fusèrent.
- José, réponds-nous !
- Je vais voir par là !
- Il faut fouiller partout !
Le groupe de sauveteurs s’éparpilla.

 

 

Chapitre vingt et un

(...)
Solange contempla quelques instants son interlocuteur. Sous la broussaille de ses cheveux, ses yeux vifs paraissaient pétiller d’énergie et de gaieté.
- Tu sembles avoir conservé le moral malgré tout ce qui s’est passé.
- Je suis un dur à cuire.
Solange désigna l’échiquier placé sur la table basse devant elle.
- Je peux ?
- Je vous en prie.
Solange prit place devant le jeu d’échecs et embrassa d’un coup d’œil le rapport des forces en présence. Elle avait les blancs. Puis elle allongea la

main.
- Où étais-tu au moment où notre collègue José a disparu, avant que je frappe à ta porte ?
Pour défendre son roi assiégé, elle avait poussé, agressive, sa reine au centre de l’échiquier, attaquant du même coup la tour ennemie.
La question était inattendue, mais son opposant fit bonne contenance.
- Je vous l’ai dit : je me reposais ici. J’ai dormi au moins une heure.
Il étudia la nouvelle donne dans la bataille qui faisait rage puis, sortant sa seconde tour noire du coin où elle était cantonnée, la dépêcha en appui de

sa sœur d’armes.
(...)
La jeune femme dévisagea l’enfant.
- Tu as réponse à tout, on dirait.
- Pourquoi est-ce que je vous mentirais ?
Solange jeta de nouveau un œil au bras de fer sur l’échiquier. Puis un autre. Puis elle mobilisa toutes ses ressources intellectuelles. Quelque chose

n’allait pas. Un piège qu’aucun effort de concentration tardif ne parviendrait à éviter. La jeune femme fronça les sourcils, puis eut un geste hésitant

pour saisir sa reine avant d’y renoncer avec une moue de dépit.
- Je me suis fait avoir, capitula-t-elle enfin. Où que je pose ma dame, tu la captures au coup suivant.
Son adversaire sourit.
Vous avez mal évalué vos forces. Vous vous êtes aventurée sans renforts en terre étrangère.
Solange se leva.

 

                                                           

                                       Haut de page       -       Retour à l'accueil>     -     Retour page précédente

 

 

Jérémie Cassiopée