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L'ombre d'une âme

roman de Thierry Ferrand

                                                                                                

                                                                                                Chapitre 2 la découverte

                                                                                                   

                                                                                                             (Extrait)

   

   Les mois passèrent. Nos études terminées, il fallait trouver un emploi. Ce fut chose faite, et le père de Marie-Agnès, ayant des relations très haut placées, me dénicha un travail dans la maintenance informatique dans une SARL près de Dijon. Ce n’était pas le Pérou, mais faute de mieux cela me permettait de gagner ma vie tout en cherchant un travail en fonction de mes études. Les parents de Marie-Agnès m’avaient généreusement offert leur hospitalité que j’avais au début refusée, mais finalement acceptée par nécessité financière et pour ne pas les frustrer. Il est vrai qu’au château j’étais comme un coq en pâte. Eloïse, la femme de ménage, une jeune fille brune de 24 ans, était aux petits soins pour moi. Plutôt jolie, grande et mince, aux petits seins qui déformaient à peine sa blouse vert pomme, avec ce côté androgyne qui me séduisait. Eloïse le percevait, et chaque fois que l’occasion se présentait elle m’effleurait de sa main lorsque l’on se croisait dans un couloir. Son regard surtout me fascinait, des yeux vert clair cerclés de noirs ou je voyais tantôt un ange tantôt un démon. J’eus même l’agréable surprise de la trouver nue sur mon lit un soir où les parents de Marie-Agnès étaient à une soirée mondaine. D’une voix douce, elle me murmura.

-         Viens, personne n’en saura rien.

-         Mais que faites-vous là Éloïse ?

   Je jouais l’étonné, mais j’avoue que j’étais entré dans son jeu de séduction depuis quelque temps, me baladant le plus possible dans les couloirs du château pour apercevoir Eloïse et l’effleurer au passage.   

-         Ben quoi, Pierre, ne faites pas l’étonné ! 

-         Non je ne peux pas faire ça à Marie-Agnès.

  Je ne pus résister à l’appel de cette sirène, elle avait su m’envoûter, profitant de l’absence de Marie-Agnès occupée à un stage de perfectionnement à Paris. J’appris aussitôt à mes dépens les durs sentiments de remords et de culpabilité dûs à l’infidélité. Eloïse m’avoua cette nuit-là qu’en couchant avec moi elle avait sali  Marie-Agnès, l’amour qu’elle avait pour moi. Elle avait fait d’une pierre deux coups ; atteindre l’honneur de la famille Saunier, et puis, dans un sanglot, elle me raconta la raison de son acte. Une révélation qui me fit découvrir un nouveau visage de la famille Saunier.

-         Je ne suis pas une inconnue pour la famille Saunier. Du moins lorsque j’étais enfant, mes parents habitaient une petite ferme des alentours du château qui était la propriété des Saunier.

  Puis elle me raconta la descente aux enfers, la maladie de son père, un cancer des intestins qui le tenait au lit dans d’horribles souffrances, sa mère devenue alcoolique, et puis ce jour de printemps.

          - Ce matin de 21 mars, le premier jour du printemps, ce jour merveilleux qui consacre la nature et aussi celui qui permet d’expulser les locataires qui ne peuvent payer leur loyer. Par cette belle matinée, le soleil transperçait une brume épaisse et blanche, un rayon de soleil pénétrait dans ma chambre. Le chant d’un rouge-gorge égayait le jardin, quand un coup de carabine résonna comme le tonnerre dans un ciel bleu, me sortant de mes rêveries. J’eus le temps de m’habiller pour me précipiter à la fenêtre, et là, je vis le corps tremblant et ensanglanté de Flambant, notre fidèle chien, gisant dans une mare de sang. Le garde-chasse avait reçu ordre de se débarrasser de notre fidèle compagnon sous prétexte qu’il tuait les poules des fermes environnantes. Chose invraisemblable, car Flambant ne quittait jamais la cour de la ferme. Mais dans cet acte odieux, Monsieur Saunier assouvissait sa cruauté. De plus, il avait eu raison de l’assistante sociale : l’expulsion était en règle malgré la grave maladie de mon père. Mais comment résister à Monsieur Saunier, ce puissant industriel qui avait plus d’un ministre dans sa manche ? Mon père dut se lever péniblement de son lit, bien qu’il soit à l’article de la mort. Un huissier évaluait chaque meuble, chaque bibelot, que des déménageurs taillés comme des colosses entassaient dans un camion. Sur le bord de la route, la grosse Mercedes de Monsieur Saunier. Nous étions l’attraction de l’année. Marie-Agnès était là, nous regardant comme des bêtes curieuses, mâchouillant sans relâche une sucette rouge. Seule ma mère avait le sourire : elle titubait déjà de bon matin, les cheveux ébouriffés, elle prêtait même à rire avec son nez rougi par l’alcool, un clown de mère qui me faisait honte. Elle sourit à la découverte d’une bouteille de rouge que les déménageurs avaient dénichée derrière des meubles. J’eus un geste de moquerie à l’égard de Marie-Agnès, en singeant une grosse vache, geste qui lui alla droit au cœur étant donné que dans toute la classe, j’étais la seule à ne pas faire attention à son embonpoint et à la réconforter lors de ses moments de déprime. C’était de bonne guerre après tout. Puis le camion repartit en compagnie de la Mercedes des Saunier. Le garde- chasse fut le dernier à quitter les lieux, il sortit de sa poche une enveloppe que lui avait donnée Madame Saunier et la tendit à mon père. Elle contenait une somme d’argent assez rondelette, une façon facile de s’acheter une bonne conscience. Voilà Pierre, la raison de ma vengeance, mais vois-tu, toute injustice mérite une sanction.

  Je restais anéanti par la cruauté de mon futur beau-père et surtout par la vengeance qu’elle pouvait engendrer, mais le tableau que m’avait brossé Éloïse de la famille Saunier me semblait trop noir pour être vrai, et,  comme me l’avait appris ma jeune existence, entendre un seul son de cloche n’apporte pas toujours la vérité. Cependant, les yeux d’Éloïse n’avaient plus cette expression démoniaque qui m’envoûtait, mais s’éclairaient d’une douce lumière, un peu comme si elle était devenue un ange. Mais j’avais honte d’avoir cédé à la tentation, et d’avoir été somme toute que l’instrument d’une vengeance.

  Le lendemain matin, je vis de la fenêtre de ma chambre Eloïse quitter le grand parc à l'intérieur de sa Twingo jaune. Elle avait auparavant pris soins de glisser une enveloppe sous la porte de ma chambre, en m’écrivant sa décision de quitter la région pour toujours et ses regrets de s’être servie de moi. Dans les jours qui suivirent une nouvelle femme de ménage fut embauchée, une femme quinquagénaire à l’allure austère, beaucoup moins attrayante que la belle Éloïse. Une précaution de Madame Saunier, sachant son mari était assez entreprenant avec les jeunes femmes.

    J’avais hâte de revoir Marie-Agnès et j’étais déchiré par le fait de devoir lui avouer ou non la nuit passée avec Eloïse. Le vendredi soir, je reconnus le bruit de sa voiture. J’avais le désire  de lui avouer mon amour en la serrant dans mes bras et l’envie de fuir par honte de ma trahison amoureuse. Je partis à sa rencontre d’un pas rapide, et l’apercevant je lui souris en pensant qu’avec le temps, je trouverais le courage de lui avouer. J’avais peur que mes révélations ne brisent à jamais notre bonheur.

-         Marie-Agnès, heu…, je, heu….

-         Tu n’es pas content de me retrouver ? Tu ressembles à une poule qui aurait trouvé un couteau !   

-         C’est que c’est toujours émouvant de te retrouver.

      Les hommes sont souvent lâches devant cette situation et j’en étais la preuve vivante. Les jours passèrent et Marie-Agnès n’eut pas à attendre pour trouver un emploi : elle reçut sor

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