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J’ai lu avec attention votre article concernant les « arnaques » dont les auteurs sont parfois victimes de la part d’éditeurs peu scrupuleux.
Ayant moi-même publié deux ouvrages chez Editeur Indépendant, j’ai cependant trouvé votre critique un peu abrupte et sans nuance, semble-t-il en l’absence d’une réflexion plus approfondie et des connaissances élémentaires qui auraient dû l'accompagner.
Le problème de l’auteur est d’abord d’être publié. Editeur Indépendant propose un contrat réellement à compte d’éditeur. On ne demande pas ensuite à l’auteur de payer la couverture du livre, la maquette ou toute autre prestation. Les ouvrages sont réellement lus, sélectionnés et corrigés (Les lecteurs et correcteurs génèrent pourtant un coût salarial à charge de l’éditeur). Tout le processus éditorial se fait en liaison avec l’auteur jusqu’au tirage du BAT.
Dire, comme vous le faites, que cet éditeur se contente "à peine" de référencer l’ouvrage sur Google est scandaleusement inexact ! Les livres sont à la vente chez l’éditeur mais aussi sur la plupart des librairies en ligne (FNAC, Auchan, Amazon, Alapage, Chapitre…). On notera également le référencement d'Editeur Indépendant par le réseau DILICOM touchant de nombreuses librairies, et sa présence dans la plupart des Salons du Livre partout en France y compris le plus important, celui de la Porte de Versailles à Paris.
Vous attaquez principalement les articles relatifs au rachat des droits. Si l’auteur trouve un autre éditeur, il perdra 4% sur les droits perçus pendant toute la durée d’exploitation de l’ouvrage. Ceci ne me choque pas. Si l’auteur, en reprenant son bâton de pèlerin avec son livre déjà édité trouve meilleure fortune ailleurs, il n’est pas anormal que celui qui a aidé au processus, même indirectement, puisse aussi en tirer profit. Et comme dans l'absolu il vaut mieux avoir 6% de quelque chose que 10% de rien du tout, reconnaissons que dans le relatif le solde de l’opération peut ne pas être totalement négatif pour l’auteur.
Cette réflexion ne fait que poser la question de principe. Car je crains, hélas, que cette clause de rachat des droits d’exploitation ne soit qu’une clause de style arrivée là comme sortie d’un rêve de son rédacteur. En effet, je n’imagine pas un puissant éditeur venir piocher dans la bibliothèque d’Editeur Indépendant pour étoffer sa collection...
Voici pourquoi : un éditeur moyen reçoit plusieurs centaines de manuscrits par mois (Entre 400 et 500 chez Actes Sud). La réponse stéréotypée arrive à l’auteur quelques semaines après sont envoi : « Malgré toutes ses qualités, notre comité de lecture n’a pas cru devoir retenir votre ouvrage, celui-ci n’entrant pas dans le cadre de nos collections »
En réalité, dans la plupart des cas, le manuscrit n’a même pas été ouvert et en voici la preuve : en septembre dernier j’ai adressé un manuscrit à trois grands éditeurs parisiens. J’ai pris soin de joindre une enveloppe retour affranchie. Chacun des trois manuscrits avait les trois premières pages légèrement attachées entre elles par un discret point de colle à papier très facile à faire sauter en tournant les feuilles. Les trois exemplaires me sont revenus avec les points de colle intacts ! Ils ne pouvaient évidemment pas entrer dans les collections de ces éditeurs dont je tairai les noms pour ne pas soulever de polémique stérile. Je ne parlerai pas de ceux qui ne se donnent même pas la peine de répondre…
Il faut bien se dire que, dans l’état actuel de l’édition traditionnelle en France, on a à peu près aucune chance de placer un manuscrit si on n’a pas au moins une introduction auprès de l’éditeur, ne serait-ce que pour être lu. Car évidemment, même si au final les chances d’être édité restent faibles, c’est comme au Loto, pour avoir une chance de gagner, il faut au moins pouvoir jouer ! Editeur Indépendant donne cette chance aux auteurs en investissant sur une réelle étude des manuscrits.
Comme je ne crois pas que cette Maison puisse compter sur ces illusoires 4% pour survivre, il faudra bien qu’elle définisse une stratégie plus dynamique pour vendre ses bouquins. On sent d’ailleurs qu’un effort se dessine par une approche nouvelle des libraires traditionnels. Laissons-lui donc le temps de mûrir après seulement un an et demi d’existence. L’avenir dira si, par ses choix, cette entreprise sera ou non viable. Si elle n’évolue pas vers une démarche marketing plus agressive en opérant les bons choix, le risque pour ses dirigeants est de végéter ou de disparaître. Je pense qu'ils le savent mieux que quiconque et en mesurent parfaitement le risque.
En conclusion : avant de mettre un éditeur au pilori, il faut savoir garder un certain recul par rapport aux événements immédiats, savoir qu’on n’est pas forcément l’écrivain du siècle et qu’on ne parviendra pas à faire éditer son dernier four chez Grasset, sauf à s’appeler BHL ! Le fait qu’Editeur Indépendant tente de faire tourner sa boutique sans précompte inversé sur le dos de l’auteur est déjà respectable. Accordons au moins ce bénéfice moral à ses dirigeants sans les obliger à s’afficher totalement philanthropes ce qui, d’ailleurs, serait plutôt inquiétant !
Bien involontairement, j’en suis sûr, vous faites ensuite de la désinformation à propos des statuts juridiques des sociétés dirigées par la même personne. Ne cachons pas son nom : François Guilmoto.
Je ne vois pas ce qu’il pourrait y avoir d’illégal ou de seulement critiquable dans l’articulation d’un groupe de sociétés régulièrement inscrites au registre du commerce.
La personne morale, quelle que soit sa forme juridique, peut se déclarer dans une activité de base avec des activités annexes et connexes. Le code APE correspond généralement à l’activité principale ; il est possible d’en demander la modification selon l’évolution de l’entreprise. Le statut de presse peut avoir un intérêt fiscal (exonération de la TVA) pour les activités conformes aux exigences de la Commission Paritaire de Presse. Pour les activités sortant de ce champ d’application, on peut faire confiance au fisc pour appeler la TVA, ce qui est le cas dans l’édition de livres. Il faut donc être clair sur ce point : rien n’interdit à un organe de presse de se livrer à une activité d’édition, contrairement à ce que vous laissez croire dans votre article.
Enfin, toute personne morale, quelle que soit son activité déclarée, doit répondre de ses actes devant la justice au même titre qu’une personne physique. Une assignation lancée contre Editeur Indépendant (ou inversement par Editeur Indépendant contre une personne physique, par exemple sur les fondements de la Loi pénale relative à la diffamation) serait parfaitement recevable, sans aucune exception et certainement pas celle d’un code APE, ou en vertu d’un contenu statutaire constituant le contrat social opposable seulement aux personnes qui s’y sont obligées, mais nullement aux tiers.
Je ne vois donc pas de quel micmac vous voulez parler. Je pense qu’on n’aide personne en créant injustement la suspicion avec des tuyaux crevés, que ce soit par imprudence ou par ignorance.
(Il est vrai que Mme Marina Missier, voyante, magnétiseuse et médium (Les Livres de Marina Missier) est peut être plus douée pour les sciences occultes que pour la règle de droit.)
Pour terminer, et de manière à ne laisser planer aucune équivoque, je tiens à préciser que je n’ai aucun intérêt lié avec Editeur Indépendant sinon le seul fait d’y avoir publié deux ouvrages en pleine connaissance de cause et que je ne connais pas personnellement Monsieur Guilmoto. Je n’ai fait que le croiser quelques instants à l’occasion du Salon du Livre de Paris en mars 2007. J'en ai cependant gardé l'impression d'un entrepreneur sympathique et courageux.
Georges Gavazzi
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